Ayant un certain nombre de nuit en refuge à mon actif, j’avais envie de vous partager ce petit récit. Cela vous permettra de vous aider pour le futur. Bonne lecture 😉
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ToggleNuit en refuge : quand tu n’dors pas…
Position allongée dans la majorité des cas, tu es sensé dormir et récupérer pour le lendemain. Mais il se trouve que le sort en a décidé autrement. Tu te tournes sur un côté, dans le plus calme des mouvements pour éviter de réveiller ceux d’à côté. Du mieux que tu peux en trouvant une position acceptable, sachant que t’es coincée (pour pas dire saucissonner) dans un merveilleux sac à viande (draps-sac pour ceux qui n’auraient pas le terme). Là tu y crois dur comme fer que ça va l’faire. Mais au fond de toi, t’as conscience que ça s’annonce mal…
Tu supposes que ta camarade du lit d’au-dessus ne dors pas forcément non plus étant donné le nombre de fois où elle a changé de côté.
Au travers de tes boules Quies (si tu ne les a pas oublié), tu entends tes voisins de dortoir qui respirent profondément et tu les envie grave !
En revanche, tu as souvent aussi quelqu’un (si t’as pas de chance il est juste à côté de toi), qui lui, ça ne s’appelle pas respirer ce qu’il fait. Non ça s’appelle ronfler !!! Alors tu prends sur toi un maximum, car bien sûr ça commence rapidement à t’agacer.
Donc au bout de quelques minutes tu tentes de tousser en espérant que ça le réveil. Ensuite tu tentes un petit « psssstttt ». Ça marche un instant, tu respires de soulagement en te disant « ouf enfin ». Mais 30 secondes après, ça repart de plus belle ! À ce moment-là, tu te sens seule car tu es partagé.e entre devoir te faire une raison sur le sort de cette nuit ou pêter un gros câble !!!!!!!!
Bon au final ton civisme fera que tu prendras sur toi en te disant « aller, ce n’est qu’une nuit, tant mieux si y’en a qui dorment bien » (dans le fond t’espère vraiment que ce n’est pas cette personne qui au petit matin va te demander en baillant « t’as bien dormi? » car un élan de meurtre risque de passer en une fraction de seconde).
Bref, ainsi tu te fais une raison et tu médites. Enfin, ça c’est le mot stylé pour dire que t’as ton petit vélo dans la tête qui a bien démarré sa course. Même qu’il a attaqué à lui tout seul une course contre la montre ! Voyez plutôt : « Demain faut que je pense à appeler le garagiste. Ah et puis faut pas que j’oublie d’essayer à nouveau de prendre un rdv chez le dentiste (oui ça aussi c’est un sujet qui mérite beaucoup de patience). Tiens au fait je ne me rappelle plus si j’ai rappelé ma mère depuis son message vocal. Mince j’ai complètement zappé de confirmer cette réservation ! D’ailleurs faut que je vérifie si je dois leur verser des arrhes. Ah mais tiens, l’année prochaine faudrait que je regarde pour aller là-bas, ça a l’air pas mal. Franchement, elle a grave géré avec tout ce qu’elle a vécu (tu repenses au récit de ta cliente durant la journée). Ha demain faut bien que je vérifie si y a un pique-nique sans viande et un sans fromage. Zut, j’ai oublié de préciser que le fromage de chèvre c’est ok »
Et voilà, un monologue de dingue ; c’est un contre la montre de ton p’tit vélo dans le ciboulot !
Heureusement la fenêtre étant ouverte, tu entends le hululement d’une chouette. Ça te sort de tes pensées. Tu percutes alors que tu entends l’extérieur et que c’est vachement plus intéressant d’y prêter attention. Là on s’approche d’une méditation plus sympathique. Alors tu ouvres grand tes oreilles et au travers des ronflements (eh oui car malheureusement ils n’ont pas disparu) tu écoutes le silence.
Tu constates qu’il n’y a pas une chouette mais deux ! Alors c’est intéressant d’imaginer : à quelle distance sont-elles de toi? Et entre-elles ? Et comment elles communiquent vraiment ? Et puis pendant quelques minutes tu n’en entends plus qu’une. L’instant d’après, son appel retentit à nouveau mais ton sens de l’ouïe permet de comprendre qu’elle s’est déplacée. Par moment, un léger brin d’air te rappelle qu’il y a au loin quelques peupliers tremble. Le bruit de leurs feuilles qui dansent fait penser au son de la pluie qui tombe. C’est apaisant. Tu souris.
Les heures passent. Ça aussi tu peux le deviner dans la nuit. Car le petit carré de lumière formé par le brin de lumière de la lune au travers de la fenêtre n’est plus dans le fond de la pièce mais bientôt frôle le front de Nathalie qui dort en face.
Selon le refuge où tu es (et si t’es à la Réunion la question ne se pose pas), tu vas entendre le premier coq. Tu oses jeter un œil à ton téléphone et là tu constates qu’il n’est QUE 4h30! Dans ta tête tu t’adresses au coq « nan mais gros c’est encore trop tôt, tu m’as fait un faux espoir là! »
Alors tu patientes encore un peu pour affronter les limites de ta patience. Vous l’attendez avec impatience ce moment où je vais craquer ???! Alors ça y est, nous y sommes. Doucement et à tatillon, tu récupères tes tongues, ta doudoune et ton futale et tu sors discrètement du dortoir. Les lumières constantes des sorties de secours te permettent de trouver le chemin jusqu’à la sortie (à défaut de t’avoir gêné dans ton sommeil, tu trouves un intérêt à ce carré lumineux).
L’air frais vient te chatouiller les narines. Tu mets ta capuche et fourre les mains dans les poches. Tu te félicites d’avoir glissé ta frontale dans la poche quand ta main vient se déposer dessus. T’hésite à l’allumer car l’idée de se diriger au clair de lune est sympa.
Ce gros quartier de lune qui descend dans le ciel met magnifiquement en valeur les reliefs qui se découpent face à toi. Les étoiles sont encore là. Tu n’sais pas si c’est toi qui les observes ou si c’est elles qui t’observent.
Le rocher que t’as choisi pour t’assoir commence à te transmettre la fraîcheur et réveille l’envie de pipi que tu avais un peu plus tôt dans la nuit. Tu te décales de ton observatoire pour aller arroser, non pas les coccinelles mais les lotiers jaunes qui courent sur le sol (petite fleur jaune de montagne). De retour sur ton spot, le caillou est toujours froid mais tu le supporte mieux. Ainsi, te voilà prête pour admirer les lumières du levé du jour.
Si tu t’es reconnu dans certains passage, alors c’est que toi aussi tu as eu la chance de vivre une expérience en refuge à la montagne. Garde ce souvenir précieux comme une anecdote rigolote même si sur le moment tu aurais donné n’importe quoi pour être dans ton lit.
Conseils et astuces pour bien vivre sa nuit en refuge :
Pense bien à prendre tes boules Quies et si comme moi tu as un sommeil léger, tu peux envisager d’en faire faire sur mesure.
N’oublie pas de préparer au mieux tes affaires pour pouvoir facilement t’éclipser dans la nuit si besoin, sans réveiller tout le dortoir.
Prend un bon bouquin avec une frontale qui a l’option « lampe rouge » et si besoin essaie de lire quelques lignes en te faisant discrète dans ton sac couchage. Ça peut aider à retrouver le sommeil. (J’attire ton attention sur l’importance de la lampe rouge. Ce conseil t’évitera de te faire incendier par tes voisins. Rien de plus insupportable que de se prendre une frontale en pleine tronche dans la nuit).
Tu peux toujours essayer de compter les moutons mais repenser aux bons moments de la journée ou se concentrer sur ta respiration sera plus efficace pour essayer de te calmer et retrouver le sommeil. Inspire et expire en 4 temps chacun par exemple.
Autorise-toi à aller faire pipi même si c’est un peu galère. Mieux vaut réveiller tes voisines de dodo une fois plutôt que de brasser toute la nuit et risquer d’être plusieurs à ne pas dormir.
N’hésite pas à négocier avec tes camarades de dortoir pour avoir la fenêtre ouverte. La chaleur humaine réchauffe très (très) vite le dortoir.
Pense à bien t’hydrater dans la journée pour éviter une mega soif dans la nuit.
Choisie un sac à viande suffisamment grand pour pouvoir te mouvoir dedans sans ressembler à une chenille.
Même si les repas en refuge sont souvent très bons et copieux, évite te goinfrer avant d’aller te coucher.
Voilà, si cet article t’as fait sourire alors tant mieux et si t’as pu expérimenter d’autres astuces pour mieux dormir alors n’hésites pas à commenter 😉
Et si tu veux préparer ton sac correctement, n’hésites pas à aller voir mon article « Comment faire son sac de trek »